Il faisait froid ce soir là dans les rues de Crimson town. Une pluie fine mouillait la chaussée et cachait aux regards les détails secrets des choses. Une silhouette, semblable à une ombre, se mouvait agilement sur les trottoirs humidifiés par les larmes de la voute céleste. Ces pas rapides et l'orgeuilleux galbe de ces hanches, ne pouvaient appartenir qu'à Thisbé. La jeune femme courait le long des routes en chantant une étrange chanson qui transperçait le coeur de ceux qui la croisait et angoissait ceux qui ne l'entendait que comme une rumeur sourde et lanscinante. La mélodie se teintait de sombres échos..."Qui est cette femme qui marche dans les rues ?
Où va-t-elle
Dans la nuit brouillard où souffle un hiver glacé,
Que fait-elle ?
Cachée par un grand foulard de soie,
A peine si l'on aperçoit la forme de son visage,
La ville est un désert blanc
Qu'elle traverse comme une ombre
Irréelle.
Qui est cette femme qui marche dans les rues ?
Qui est-elle ?
A quel rendez-vous d'amour mystérieux
Se rend-elle ?
Elle vient d'entrer dessous un porche
Et, lentement, prend l'escalier.
Où va-t-elle ?
Une porte s'est ouverte.
Elle est entrée sans frapper
Devant elle.
Sur un grand lit, un homme est couché
Il lui dit : " Je t'attendrais,
Ma cruelle. "
Dans la chambre où rien ne bouge,
Elle a tiré les rideaux.
Sur un coussin de soie rouge,
Elle a posé son manteau
Et, belle comme une épousée,
Dans sa longue robe blanche
En dentelle,
Elle s'est penchée sur lui, qui semblait émerveillé.
Que dit-elle ?
Elle a reprit l'escalier, elle est ressortie dans les rues.
Où va cette femme, en dentelles ?
Qui est cette femme ?
Elle est belle.
C'est la dernière épousée,
Celle qui vient sans qu'on appelle,
La fidèle.
C'est l'épouse de la dernière heure,
Celle qui vient lorsque l'on pleure,
La cruelle.
C'est la mort, la mort qui marche dans les rues.
Méfie-toi.
Referme bien tes fenêtres,
Que jamais, elle ne pénètre chez toi.
Cette femme, c'est la mort,
La mort, la mort, la mort..."*
(* : Paroles de Barbara)